publié le jeudi 19 février 2009
Pionnier de l’hygiène du travail et défenseur de l’interdisciplinarité, Michel Guillemin a pris récemment sa retraite. Le lundi 9 mars prochain, il donnera sa leçon d’adieu à l’auditoire César Roux au CHUV.
Toute activité professionnelle expose le travailleur à diverses nuisances, de nature chimique, physique, biologique, psychosociale. Celles-ci peuvent être à l’origine de gêne, de maladies et d’accidents. Traditionnellement, leur prévention a été l’apanage de la médecine du travail, mais c’est surtout au cours du 20e siècle que l’on a pris conscience du fait que, pour être efficace, cette prévention devait être primaire, par une action directe sur les conditions de travail. L’évaluation de ces conditions et leur éventuelle modification est du ressort de l’hygiéniste du travail, notamment pour les risques chimiques et physiques.
Durant les années 1970, l’Université de Lausanne a compris l’importance de cette discipline nouvelle, en faisant appel au Professeur Guillemin. Ingénieur chimiste et Dr ès Sciences de formation, Michel Guillemin a suivi une formation postgrade en hygiène du travail au National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH) aux Etats-Unis. De retour en Suisse, sous la direction des Professeurs A. Delachaux et M. Lob, il a mis sur pied le premier laboratoire d’hygiène industrielle à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive. Les départements de médecine et d’hygiène du travail sont devenus ensuite l’Institut Universitaire de Médecine et d’Hygiène Industrielle. Cette association originale de la médecine et de l’hygiène du travail, enrichie plus tard de l’ergonomie, a été le premier noyau de l’actuel Institut universitaire romand de Santé au Travail (IST), que le Prof. Guillemin a co-dirigé ou dirigé durant près de 25 ans. La réputation de ce spécialiste s’est progressivement étendue à la Suisse et à l’échelle internationale, avec notamment l’attribution du William P. YANT Award de l’American Industrial Hygiene Association en 1998 et sa nomination au Board de l’International Commission of Occupational Health. Il a par ailleurs reçu la distinction Jeffrey S. Lee de la Foundation for Occupational Health and Safety (FOSH) en 2006.
L’hygiéniste du travail doit être compétent dans beaucoup de domaines, ce qui explique la grande diversité de la recherche toxicologique du Prof. Guillemin : plomb, mercure, chrome, styrène, solvants chlorés, bromure de méthyle, pollution de l’air, diesel, amiante, bruit industriel, toxicité du dioxyde de carbone, surveillance biologique, analyse du risque, absorption cutanée, risques hospitaliers. Il est l’un des premiers à avoir introduit à l’Université les contrôles de qualité, qui sont depuis devenus incontournables. A la fois homme de terrain et chercheur, il a toujours tenu à promouvoir une formation universitaire en hygiène du travail. Il s’est ainsi consacré à d’importantes tâches d’enseignement au sein de l’UNIL, de l’EPFL et également de la Sorbonne. Il a créé des vocations en dirigeant des thèses. Il est l’un des artisans du Master of Advanced Studies en Santé au Travail - UNIL-ETH de Zurich - qui permet d’obtenir le titre de spécialiste en hygiène du travail. Ses compétences sont également reconnues par les organes de contrôle des conditions de travail, en particulier par la présidence de la commission chargée de proposer les valeurs limites à la place de travail. A l’étranger (France, Canada, Allemagne, etc.), il est sollicité comme expert pour évaluer et accompagner des recherches à travers des Conseils scientifiques ou d’autres structures. Homme de communication, il a organisé divers congrès scientifiques et de politique en santé au travail et a œuvré sans relâche pour donner une meilleure visibilité à ce domaine vital de notre société Il n’a jamais hésité à répondre aux médias, souvent sur des thèmes très sensibles, l’amiante en étant un exemple.
Tout en restant chimiste, le Prof. Guillemin a toujours veillé à ce que l’approche des problèmes de santé liés au travail soit faite de manière interdisciplinaire et qu’elle considère l’homme dans sa globalité.

