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L’hygiéniste du travail est amené, en de nombreuses occasions, à faire des jugements concernant les expositions à des nuisances chimiques (produits chimiques, poussières, etc.), sans procéder à des mesures directes. Ceci est le cas lorsqu’il ne dispose pas de moyens de mesure, ou de ressources financières nécessaires, ou encore de suffisamment de temps. Par exemple, lors d’analyses de risques généraux, visant à établir un catalogue des risques, le niveau d’exposition est souvent estimé en l’absence de données objectives.

Cette situation est particulièrement fréquente pour les professionnels de la santé au travail dans les pays en voie de développement. Ils ne disposent souvent que de moyens très limités pour mesurer l’exposition aux agents chimiques et aux poussières. Malgré cela, des choix doivent être opérés et ceux-ci peuvent avoir des conséquences humaines et financières importantes.

Ces décisions sont, en fait, basées sur l’expérience de l’hygiéniste du travail, ses connaissances de la littérature scientifique et ses observations en tant que professionnel (odeurs, observation de la poussière, dépôts sur les surfaces…). Il faut toutefois admettre que, sans données objectives, la concentration dans l’air d’un polluant n’est pas une chose aisée à apprécier. Il ne s’agit pas ici d’estimer le poids d’un colis ou la longueur d’une perche ; la concentration est une grandeur beaucoup moins instinctive, ne faisant pas partie de notre monde quotidien. Pourtant, l’hygiéniste du travail prend des décisions dans ces conditions.

Même lorsque l’on procède à une mesure de l’exposition, on sait que cette information est particulière à un moment précis de l’exposition (habituellement un jour spécifique). Sachant que celle-ci varie fortement et de façon assez aléatoire au cours du temps, ce résultat doit être considéré comme entaché d’une grande incertitude.

Une autre possibilité est de mettre à profit les mesures effectuées dans d’autres situations, soit à partir de la littérature, soit en se servant de bases de données d’exposition. C’est ce que fait l’hygiéniste du travail de façon informelle, lorsqu’il base son jugement sur son expérience professionnelle. Dans ce contexte, l’IST met d’ailleurs à disposition une base de données contenant des mesures effectuées sur les places de travail (le registre d’exposition).

L’IST s’intéresse actuellement à développer des compétences et des outils pour palier à ces difficultés. L’objectif est de développer des outils qui permettent à l’hygiéniste du travail de prendre des décisions dans un contexte moins flou. Ces outils ne peuvent, dans l’état actuel de nos connaissances, prétendre être absolus et parfaits. Ils devraient cependant permettre de ramener l’évaluation de l’exposition à l’estimation d’autres variables, plus facilement accessibles, dont la combinaison mène, par calcul à l’aide d’un modèle, à la concentration d’exposition.

Trois outils mathématiques sont actuellement en développement à l’IST dans ce domaine :

  • Le modèle percutané UPERCUT, développé en partenariat avec l'Université de Montréal
  • Un modèle à deux compartiments, permettant une estimation de l’exposition sur la base d’une représentation de la place de travail sous la forme de 2 compartiments symétriques (proche de la source NF, loin de la source FF).
  • Un modèle à deux compartiments modifié, permettant une estimation de l’exposition sur la base du modèle ci-dessus mais intégrant le constat que la distribution des polluants sur la place de travail n’est pas symétrique.
  • Un système expert Bayésien permettant une intégration de plusieurs sources d’information, à savoir: des mesures, les données du modèle physique, et les données historiques à travers un modèle statistique.

Ces outils sont gratuits et mis à disposition sans garantie. Ils doivent être considérés comme des outils expérimentaux faisant partie d’un processus d’amélioration de l’évaluation de l’exposition à long terme. Ils sont un premier pas vers une estimation plus objective et robuste de l’exposition par l’hygiéniste du travail. L’intention est aussi ici de favoriser la discussion dans ce domaine et l’échange d’expérience entre professionnels.